Sections de bois de charpente : tableau guide

4 Nov 2026
10 min de lecture
Bois de charpenteSections de boisChevronPanneC24Eurocode 5DTU 31.1
Sections de bois de charpente : tableau guide

Les sections de bois de charpente courantes en France vont du chevron 63 x 75 mm à la panne ou au madrier de 75 x 225 mm, en passant par le bastaing 63 x 175 mm. Chaque section correspond à un rôle dans la toiture, et seul un calcul selon l'Eurocode 5 valide le choix pour votre chantier. Ce tableau guide vous aide à lire les devis, à comprendre les références du négoce et à préparer l'échange avec le charpentier.

Comment lire une section de bois de charpente

Une section se note en deux dimensions, l'épaisseur puis la hauteur, en millimètres. Un chevron 63 x 75 mm mesure donc 63 mm de large et 75 mm de haut. La hauteur reprend la flexion : à largeur égale, plus une pièce est haute et mieux elle résiste quand elle est posée sur chant. Une même pièce couchée à plat perd l'essentiel de cette raideur. Le sens de pose fait donc partie de la spécification.

La dimension annoncée n'est pas toujours la dimension mesurée. La norme NF EN 336 encadre les dimensions et les écarts admissibles du bois de structure. Elle définit deux classes de tolérance : la classe 2 reste plus proche de la dimension cible que la classe 1. Une synthèse universitaire de 2016 de cette norme liste des épaisseurs courantes de 22, 38, 47, 63, 75, 100, 150 et 300 mm, et des largeurs de 75 à 300 mm. Les valeurs exactes se vérifient dans la norme elle-même, vendue par l'AFNOR. Les dimensions se mesurent à une teneur en eau de référence, car le bois gonfle et se retire avec l'humidité.

Une section « brute de sciage » diffère enfin d'une section rabotée ou calibrée. Le rabotage retire quelques millimètres sur chaque face. Au moment de comparer deux devis, demandez toujours si la section indiquée est brute ou finie.

Tableau guide des sections courantes

Le tableau ci-dessous reprend les sections que le négoce vend couramment à des particuliers et à des artisans. Il indique le rôle habituel de chaque pièce. La colonne des portées admissibles manque volontairement : aucun DTU ni Eurocode ne fournit un tableau de portée universel, et les valeurs qui circulent sur les forums se contredisent. La portée dépend de la charge, de l'entraxe, de la classe de bois et de la flèche acceptée.

Section (mm)Appellation couranteRôle habituel en charpente
63 x 75ChevronSupporte les liteaux ou le voligeage, puis la couverture. Repose sur les pannes ou sur la sablière.
75 x 225MadrierPièce de forte hauteur, utilisée en panne, en solive ou en poutre légère.
63 x 175BastaingPièce de hauteur moyenne pour solivage, pannes courtes ou doublage de pièces.
58 x 155 et 50 x 150Bastaing, sections réduitesSolivages légers, chevronnage de petite portée, ouvrages annexes.

Les chevrons 63 x 75 mm se trouvent en longueurs de 3, 4 et 6 mètres, en épicéa, avec un traitement de classe 2 selon les références. Les madriers 75 x 225 mm se vendent en 4 et 5 mètres. Les bastaings 63 x 175 mm existent en 3 mètres. Ces chiffres viennent de fiches produit de grandes enseignes consultées en novembre 2026. Les sections de charpente industrialisée, comme les fermettes, suivent les plans du fabricant et n'entrent pas dans ce tableau.

Quelle section pour quelle pièce

Le chevron : première pièce de la toiture

Le chevron suit la pente du toit. Il reçoit les liteaux, qui reçoivent eux-mêmes les tuiles ou les ardoises. Son entraxe s'adapte à la couverture : un fabricant de tuiles fixe un pas de liteaunage, et le chevronnage doit tenir ce pas sans flèche visible. Une section de 63 x 75 mm convient aux petites portées entre appuis. Au-delà, la hauteur augmente avant la largeur, car la hauteur apporte la raideur.

La panne : porter les chevrons

La panne court dans le sens horizontal, perpendiculaire aux chevrons, et reprend leur charge pour la renvoyer vers les murs pignons ou les poteaux. On distingue la panne sablière en bas de versant, la panne intermédiaire et la panne faîtière. Une section comme 75 x 225 mm sert souvent de point de départ, mais la portée entre deux appuis tranche : sur plusieurs mètres, un bureau d'études passe fréquemment à une pièce plus haute ou à du lamellé-collé. Pour le vocabulaire des autres pièces porteuses, l'article sur l'entrait, l'arbalétrier et le poinçon détaille le rôle de chacune.

La solive et la poutre : planchers et reprises de charge

Un plancher de combles ou d'étage utilise des solives de hauteur proportionnée à leur portée. Le prédimensionnement croise portée libre, entraxe et charge d'exploitation. Si votre projet inclut un plancher, la méthode complète est décrite dans l'abaque de solivage.

La sablière, le faîtage et les pièces d'assemblage

La sablière répartit la charge de la charpente sur le mur porteur. Le faîtage ferme le sommet de la toiture. Ces pièces ont des sections proches de celles des pannes, avec des entailles et des assemblages (tenon-mortaise, embrèvement, boulons, connecteurs métalliques) qui réduisent la section utile. Le calcul doit donc porter sur la section résiduelle après entaille, non sur la section nominale.

Comment choisir la section : les paramètres du calcul

Le NF DTU 31.1, dans sa version de juin 2017 (parties P1-1 et P1-2), fixe les règles de mise en œuvre et les critères de choix des matériaux d'une charpente en bois. Le dimensionnement s'appuie sur l'Eurocode 5 (NF EN 1995-1-1). Aucune section ne se choisit « à l'œil » pour une charpente porteuse.

Le calcul combine plusieurs données. Voici celles que le charpentier ou le bureau d'études vous demandera :

  • la portée entre deux appuis, et le schéma statique (appuis simples, pièce continue) ;
  • l'entraxe entre pièces parallèles ;
  • le poids de la couverture, de l'isolation et des éventuels plafonds supportés ;
  • les charges climatiques de la commune : zone de neige, zone de vent, altitude ;
  • la classe de résistance du bois (C18, C24) et la classe de service ;
  • la flèche admise, qui fixe le confort et l'aspect de la toiture finie.

Cette dernière donnée explique les écarts entre les avis d'internautes. Une panne 75 x 225 mm peut sembler suffisante avec une flèche tolérée large et devenir insuffisante avec un critère plus sévère. Seule la note de calcul tranche. Pour une charpente aux dimensions inhabituelles, la logique de conception est abordée dans l'article sur la charpente bois sur mesure.

Guide de mise en œuvre d'un choix de section

  1. Relevez les portées réelles entre appuis sur les plans, et vérifiez-les sur le terrain.
  2. Notez la couverture prévue, car son poids change tout le calcul.
  3. Fournissez l'adresse du projet pour les charges de neige et de vent.
  4. Demandez la classe de résistance et la teneur en humidité du bois livré.
  5. Exigez la note de calcul pour toute pièce porteuse hors chevronnage courant.

Classe de résistance et qualité du bois

La norme NF EN 338 définit les classes de résistance du bois de structure. Pour les résineux, vous croiserez surtout C18 et C24. Le chiffre indique la résistance caractéristique en flexion, exprimée en mégapascals. Plus la classe monte, plus la pièce résiste pour une même section, et plus une section réduite devient possible.

Un référentiel français qui reprend la NF EN 338 donne un module d'élasticité moyen parallèle au fil de 9,0 kN/mm² pour le C18 et de 11,0 kN/mm² pour le C24. Le module mesure la rigidité : à section égale, un C24 fléchit moins qu'un C18. Une fiche de vulgarisation associe le C18 à l'ossature légère et à la charpente traditionnelle de faible portée, et rattache le classement visuel ST III au C18 et ST II au C24.

Le choix de l'essence et de la classe détermine donc la section autant que la portée. Pour comparer épicéa, sapin, douglas et pin sur les critères de durabilité et de stabilité, consultez le guide du bois d'ossature. Dans un devis, la mention « bois de charpente » sans classe ni essence ne permet aucune comparaison sérieuse.

Humidité, classe d'emploi et traitement

Un bois trop humide se déforme en séchant : il tord, se fend, et ses assemblages se desserrent. Un guide technique sur la durabilité du bois cite pour le NF DTU 31.1 une teneur en eau visée à la pose d'environ 12 % pour un bois en classe de service 1 et d'environ 18 % en classe de service 2. Ces valeurs figurent à l'annexe du DTU, payante : demandez à votre charpentier de vous confirmer la valeur retenue pour votre ouvrage. Un bois séché en atelier arrive plus stable qu'un bois frais de sciage.

La NF EN 335 définit les classes d'emploi, c'est-à-dire le risque d'exposition du bois à l'humidité selon sa place dans l'ouvrage. Une pièce sous couverture, bien ventilée, relève d'une classe peu exposée. Une pièce en contact avec la maçonnerie ou en extérieur exige une protection plus forte, par une essence naturellement durable ou par un traitement. Le traitement ne remplace jamais une bonne conception : le premier moyen de protéger la charpente reste de la garder au sec, avec une ventilation correcte des combles et un écran de sous-toiture posé dans les règles.

Guide de mise en œuvre sur le chantier

La livraison est le premier contrôle. Vérifiez les sections par rapport au bon de commande, la rectitude des pièces, l'absence de nœuds traversants sur les zones tendues et la présence du marquage de classe. Stockez le bois à plat sur cales, à l'abri de la pluie, avec une ventilation entre les lots.

Sur le chantier, trois réflexes évitent la plupart des litiges. Pesez chaque entaille : une entaille à l'appui réduit la hauteur utile et donc la résistance au cisaillement. Respectez l'entraxe du plan, car un chevron déplacé change la charge de ses voisins. Fixez avec des connecteurs adaptés à la section et à la classe d'emploi. Calculez la pente du toit avant la coupe des pièces, car elle fixe la longueur des chevrons et l'angle des entailles.

Erreurs fréquentes et pathologies

La première erreur est la sous-section : une pièce dimensionnée sur un avis de forum plutôt que sur un calcul. Elle se traduit par une flèche visible, un faîtage qui se creuse ou des fissures de plâtre sous la charpente. La deuxième est l'humidité piégée : un bois livré trop humide ou un comble mal ventilé favorise les moisissures et les attaques d'insectes ou de champignons. Les remontées d'eau sur les appuis posent le même risque.

La troisième erreur tient à la section résiduelle : les entailles, les perçages et les assemblages réduisent la section. Quand un défaut apparaît, on le constate sur trois signes : flèche, fentes ouvertes aux assemblages, taches sombres. Un diagnostic par un charpentier ou un bureau d'études reste préférable à un renfort posé sans calcul.

Questions fréquentes

Quelle est la section d'un chevron courant ?

Le négoce vend surtout du 63 x 75 mm, en épicéa traité de classe 2. Cette section convient aux petites portées. Pour une portée plus longue, la hauteur augmente.

Peut-on se fier à un tableau de portées trouvé sur internet ?

Non. Ces tableaux supposent une charge, un entraxe et une flèche que votre toiture ne partage pas forcément. Les valeurs diffèrent d'un site à l'autre. Faites valider la section par un calcul Eurocode 5.

Quelle différence entre madrier et bastaing ?

Les deux sont des pièces de forte section. Le madrier désigne souvent une pièce épaisse et haute comme le 75 x 225 mm. Le bastaing a une section plus fine, comme 63 x 175 mm. Les usages de chantier varient d'une région à l'autre.

C18 ou C24 : quel écart pratique ?

Le C24 est plus rigide et plus résistant. À portée égale, il autorise une section plus petite ou une flèche moindre. Le C18 sert surtout aux petites portées.

Un particulier peut-il dimensionner sa charpente seul ?

Pour un abri léger, une estimation prudente avec le négociant peut suffire. Pour une charpente de maison, la responsabilité du dimensionnement revient à un professionnel qui engage son assurance.

Faut-il traiter toutes les pièces d'une charpente ?

Cela dépend de l'essence, de la classe d'emploi et de l'exposition. Le charpentier choisit la protection selon la place de chaque pièce dans l'ouvrage.

Glossaire

Section
Dimensions transversales d'une pièce, notées épaisseur x hauteur en millimètres.
Chevron
Pièce inclinée qui suit la pente du toit et reçoit liteaux et couverture.
Panne
Pièce horizontale qui reprend la charge des chevrons et la renvoie vers les appuis.
Madrier
Pièce de bois de forte section, par exemple 75 x 225 mm.
Bastaing
Pièce de bois de section moyenne, par exemple 63 x 175 mm.
Entraxe
Distance entre les axes de deux pièces parallèles.
Portée
Distance libre entre deux appuis d'une pièce fléchie.
Flèche
Déformation verticale d'une pièce sous charge, mesurée à mi-portée.
Classe de résistance
Catégorie normalisée (C18, C24) qui regroupe les bois de même résistance et rigidité.
Classe d'emploi
Niveau d'exposition du bois à l'humidité selon sa place dans l'ouvrage.
Sablière
Pièce posée sur le mur porteur qui répartit la charge de la charpente.
Faîtage
Pièce horizontale qui ferme le sommet de la toiture.
Solive
Pièce horizontale d'un plancher, posée sur chant à faible entraxe.
Lamellé-collé
Poutre reconstituée de lames de bois collées, utilisée pour les grandes portées.
Eurocode 5
Norme européenne NF EN 1995-1-1 de calcul des structures en bois.
Teneur en eau
Masse d'eau contenue dans le bois, en pourcentage de sa masse sèche.
Section résiduelle
Section restante d'une pièce après entaille ou perçage.
Voligeage
Planches minces clouées sur les chevrons pour porter la couverture.
Liteau
Petite pièce horizontale clouée sur les chevrons pour accrocher tuiles ou ardoises.

Sources

Photo : « Number 3 Slip, Chatham Dockyard, Kent England », stevee1958, licence CC0, source Flickr.

Conclusion

Le tableau des sections donne le vocabulaire et les ordres de grandeur du négoce : chevron 63 x 75 mm, madrier 75 x 225 mm, bastaing 63 x 175 mm. Il ne remplace pas un calcul. Demandez la classe de résistance, la teneur en humidité du bois livré et la note de calcul des pièces porteuses, puis comparez les devis sur ces trois points.

Clarisse

Clarisse

Fondatrice & Experte Immobilier & Bois

Fondatrice d'Habitat Bois Création, experte en immobilier durable et construction bois. Après une première carrière en agence classique, elle a pivoté vers les matériaux biosourcés et croise aujourd'hui vision technique et expertise investisseur.

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